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LA MECQUE DU BODYBUILDING 

nous vous publions un article tres ancien et original ( excusez nous pour la couleur originale ) sur le Gold'sGym Venice ou toute les stars du monde entier passent chaque annee , regardez notre video ci-dessous 

YOUTUBE VIDEO GOLD'SGYM VENICE LA MECCA DU BODY BUILDING 

Muscle Beach: un extravagant paradis du bodybuilding

muscle-panneau.jpgOutre-Atlantique il est un lieu bien singulier comme seuls les Etats-Unis en possèdent. ConsidĂ©rĂ© par certains comme une foire vouĂ©e Ă  la culture du narcissisme et de l’égocentrisme, il est pour d’autres un paradis oĂą pratiquer librement le lifestyle du bodybuilder, sorte de succĂ©danĂ© postmoderne de l’American way of life. Ce lieu est situĂ© en Californie, dans un quartier de Los Angeles appelĂ© Venice (en rĂ©fĂ©rence Ă  la Venise italienne). Il s’agit bien Ă©videmment du cĂ©lèbre Muscle Beach.

Je ne pouvais manquer, sur ce blog dĂ©diĂ© au bodybuilding et donc au culte du corps, d’évoquer cet endroit qui fait rĂŞver tant de pratiquants de la musculation partout dans le monde. Et puisque les beaux jours arrivent, que l’étĂ© pointe enfin le bout de son nez, quoi de mieux qu’un petit voyage en Californie ?

 

I – Les origines de Muscle Beach.

 

Bien peu de personnes savent aujourd’hui qu’il a existé non pas un mais deux Muscle Beach à Los Angeles. En fait, bien des touristes faisant escale à Venice croient visiter là l’unique et authentique plage des bodybuilders. Pourtant, ce n’est pas sur la plage de Venice qu’a débuté l’histoire de Muscle Beach mais à environ 2 km plus au nord, dans la ville de Santa-Monica.

mbsmC’est dans le cadre d’un projet de rĂ©novation du front de mer, que les autoritĂ©s nationales du Work Projects Administration (WPA) dĂ©cidèrent au dĂ©but des annĂ©es 30 de construire un parc et des installations de loisirs au sud de la jetĂ©e de Santa-Monica. Le projet s’inscrivait en fait dans un vaste programme de grands travaux lancĂ©s après le krach boursier de 1929 afin de lutter contre le chĂ´mage. De nombreux ouvriers sans emplois furent ainsi rĂ©quisitionnĂ©s dans la rĂ©gion pour mener Ă  bien le chantier. Les travaux prirent fin en 1934 et le lieu obtint tout de suite une grande popularitĂ©. DestinĂ© essentiellement Ă  la dĂ©tente et aux loisirs il n’était pas encore celui qu’on surnommera plus tard Muscle Beach. Toutefois, il attirait dĂ©jĂ  de nombreux sportifs ayant choisi de s’entraĂ®ner sur la plage, notamment pour parer au tremblement de terre de 1933 qui avait endommagĂ© de nombreux gymnases dans la rĂ©gion. SituĂ© dans un cadre agrĂ©able proche de la mer et baignĂ© par le soleil, le parc bĂ©nĂ©ficiait du dĂ©veloppement rĂ©cent de l’industrie hollywoodienne et se voyait frĂ©quentĂ© quotidiennement par toute une population issue du septième art. Dès ce moment lĂ , le destin de ce qui deviendra bientĂ´t Muscle Beach - d’abord Ă  Santa-Monica puis Ă  Venice - fut liĂ© Ă  celui du monde du spectacle et du cinĂ©ma. Nombre de cĂ©lĂ©britĂ©s, de cascadeurs ou d’acteurs adoptèrent le lieu. On pouvait notamment y croiser Clark Gable, Kirk Douglas ou Tyrone Power. Mae West y trouvait les plus beaux garçons pour sa revue et plus tard, Jayne Mansfield tout comme Jane Russell y rencontrèrent leurs futurs maris respectifs. Certains sportifs qui venaient s’entraĂ®ner partiellement dĂ©nudĂ©s ne manquaient pas d’attirer l’attention des producteurs et des rĂ©alisateurs Ă  la recherche de stars ou de figurants aux physiques athlĂ©tiques. C’est ainsi par exemple que quelques annĂ©es plus tard, Steve Reeves fut remarquĂ© par le rĂ©alisateur Cecile B. DeMille pour le casting de Samson et Dalila (il ne fut finalement pas retenu). Le parc attirait Ă©galement beaucoup de gymnastes et d’acrobates qui venaient rĂ©pĂ©ter leurs figures en plein air. Leurs acrobaties devinrent bientĂ´t des attractions très prisĂ©es du public. Une de ces attractions, immortalisĂ©e par de multiples photographies, consistait en une pyramide humaine grâce Ă  laquelle les acrobates rĂ©vĂ©laient toute leur force et leur agilitĂ©. On assistait parfois Ă  des pyramides constituĂ©es de 6 ou 7 personnes (parfois plus) s’empilant les unes sur les autres pour le plus grand plaisir du public, Ă©bahis devant ces corps Ă  demi nus, bronzĂ©s et musclĂ©s. Harold Zinkin, acrobate de formation et culturiste de la première heure (il fut sacrĂ© premier Mr America en 1945) s’imposait alors comme le grand spĂ©cialiste des dĂ©monstrations acrobatiques en plein air. Son nom demeure Ă  jamais attachĂ© Ă  cette plage de Santa-Monica et Ă  son parc

 

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Harold Zinkin et John Grimek

 

Durant la seconde guerre mondiale, de nombreux soldats américains vinrent entretenir leur physique sur la côte californienne et à Santa-Monica plus particulièrement. Des haltérophiles rejoignirent les acrobates et autres gymnastes déjà présents. On citera notamment John Grimek, haltérophile et culturiste qui participa aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936 et fut sacré Mr America.

En cette fin des années 40 le parc de loisirs dédié au sport et au culte du corps attirait donc toujours plus de monde. Toutefois c’est à partir de la décennie suivante qu’il connut son plus grand essor, avec l’arrivée de grandes figures du monde de la santé et du muscle. On entrait alors de plein pied dans ce que l’on peut considérer comme l’âge d’or de Muscle Beach.

 

muscle-beach-origines.jpg

 

 

II – L’âge d’or de Muscle Beach.

 

mb-santa-public-50.jpgLes annĂ©es 50 furent pour les Etats-Unis synonymes d’essor considĂ©rable. AurĂ©olĂ© du prestige des vainqueurs après la seconde guerre mondiale, le pays pouvait compter sur une Ă©conomie puissante qui dominait le monde. La reconversion de son Ă©conomie de guerre en Ă©conomie de production de biens de consommation bouleversa la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine. Un nouveau style de vie apparut et s’exporta rapidement dans le monde entier, c’était la naissance de l’American way of life. Pour beaucoup alors, la sociĂ©tĂ© de consommation Ă©tait perçue comme une promesse de progrès et d’espoir. Le mythe du self-made-man sur lequel s’était forgĂ© le pays Ă©tait plus que jamais mis en valeur. Le modèle individualiste propre Ă  la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine fut Ă©galement renforcĂ©. Les AmĂ©ricains portaient de plus en plus d’attention Ă  leur apparence physique, Ă  leur corps et Ă  leur santĂ©. La publicitĂ© et les magazines se firent largement l’écho de ce nouvel Ă©tat d’esprit. Dans ce contexte socio-culturel, la plage de Santa-Monica, entièrement tournĂ©e vers la satisfaction des plaisirs hĂ©donistes, prit une nouvelle dimension. Son image Ă©voquait celle de corps sveltes et musclĂ©s, d’oĂą son nouveau surnom : Muscle Beach.

Si les stars hollywoodiennes continuaient d’y venir aussi assidĂ»ment, ce furent surtout les professionnels de la culture physique – dans la lignĂ©e d’Harold Zinkin – qui l’animèrent. Ils venaient y prodiguer leur enseignement aussi bien dans le domaine de l’entraĂ®nement sportif que de l’alimentation. C’était le cas entre autres de Jack Lalanne, un des premiers professeurs de fitness et spĂ©cialiste de la nutrition sportive (Il fut surnommĂ© « le gourou de la santĂ© Â»), de Glenn Sundby, gymnaste et acrobate qui crĂ©a pour sa part un magazine dĂ©diĂ© Ă  la gymnastique, ou de Russ Saunders, lui aussi gymnaste et acrobate qui devint cascadeur pour le cinĂ©ma. Les annĂ©es 50 virent l’arrivĂ©e Ă  Muscle Beach, des premiers culturistes tels que Armand et Vic Tann, Irvin « Zabo Â» Kozewski (cĂ©lèbre pour ses abdominaux impressionnants) et surtout Steve Reeves qui connu bientĂ´t la cĂ©lĂ©britĂ© au cinĂ©ma oĂą il incarna Ă  plusieurs reprises le personnage mythologique d’Hercule.

 

 

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Steve Reeves                                Irvin Kozevski                 Armand Tanny                        Jack Lalanne

 

 

L’exhibition des corps bodybuildĂ©s sur la plage californienne devint alors une attraction Ă  part entière et les magazines consacrĂ©s Ă  la santĂ© et au sport vinrent y faire leurs sĂ©ances de photos. C’est Ă  cette Ă©poque que l’on commença Ă  voir se multiplier ces cĂ©lèbres clichĂ©s sur lesquels s’étalent de beaux Ă©phèbes musclĂ©s aux sourires impeccables, entourĂ©s de pin-up en bikini. Ces images d’Epinal ont fait rĂŞver plus d’une gĂ©nĂ©ration d’amĂ©ricains et beaucoup de culturistes ayant frĂ©quentĂ© la plage de Santa-Monica ont avouĂ© avoir largement Ă©tĂ© influencĂ©s par ces photos. poses-photo.jpgLe phĂ©nomène des photos de plage – devenu depuis un genre photographique Ă  part entière - prendra de l’ampleur tout au long des annĂ©es 60, jusqu’à aujourd’hui. Le bodybuilder Dave Draper a collaborĂ© Ă  ces sĂ©ances de photos qui ont largement participĂ© Ă  crĂ©er le mythe de Muscle Beach. Il a Ă©voquĂ© cela dans un numĂ©ro de Muscle&Fitness: « Je suis apparu sur la scène du culturisme au dĂ©but des annĂ©es 60 et, dès lors, j'ai rempli les pages de ses magazines, embelli leurs couvertures et, grâce Ă  ces attrayantes photos prises sur les plages californiennes, j'ai colportĂ© des rĂ©cits remplis de joie, de promesses et d'espoir Ă  l'usage des jeunes comme de ceux qui n'avaient rien perdu de leur jeunesse du cĹ“ur. Je me remĂ©more ces jours joyeux oĂą j'arborais un large sourire, contractais mes muscles et batifolais avec des baigneuses sexy au cours d'après-midi dingues de farniente au soleil. Â»

En cette fin des annĂ©es 50, Muscle Beach apparaissait comme un vĂ©ritable paradis pour les amoureux du culturisme et du culte du corps. Tous les Ă©lĂ©ments Ă©taient rĂ©unis pour confĂ©rer Ă  l’endroit un caractère unique : soleil omniprĂ©sent, plage magnifique, mer accueillante, Ă©quipements sportifs, stars du cinĂ©ma, athlètes de haut niveau, spĂ©cialistes du bodybuilding, beaux garçons musclĂ©s et bronzĂ©s, filles de rĂŞve aux silhouettes sculpturales. Et pourtant, cet univers magique devait prendre fin de manière abrupte un jour de dĂ©cembre 1958. En effet, il faut dire que le paradis de l’exhibitionnisme et de l’apparence n’était pas du goĂ»t de tout le monde dans l’AmĂ©rique conservatrice d’alors. Beaucoup voyaient dans cet Ă©talage de chairs, une forme de frivolitĂ© charnelle peu compatible avec les bonnes mĹ“urs. Aussi, le scandale qui Ă©clata Ă  la fin de l’annĂ©e 1958 allait servir de prĂ©texte pour fermer dĂ©finitivement le lieu. Les faits : lors d’une soirĂ©e organisĂ©e dans un appartement situĂ© non loin de Muscle Beach, quatre culturistes furent accusĂ©s de viol sur de jeunes filles mineures. L’occasion Ă©tait trop belle pour la laisser s’échapper. Sans aucun avertissement prĂ©alable, les autoritĂ©s ordonnèrent de raser le hangar oĂą s’entraĂ®naient les gymnastes et les haltĂ©rophiles. MalgrĂ© les protestations de nombreux usagers, la mairie fit Ă©galement retirer l’enseigne de Muscle Beach ainsi que toutes les installations sportives afin que le lieu redevienne un simple parc. Aujourd’hui encore les raisons de la fermeture brutale du Muscle Beach de Santa-Monica restent obscures. Si les autoritĂ©s ont toujours affirmĂ© que c’était pour des raisons de sĂ©curitĂ© dĂ» aux capacitĂ©s d’accueil insuffisantes du parc (le week-end, celui-ci pouvait rĂ©unir plus de 10 000 personnes venues assister aux attractions sportives), certains ont toujours soupçonnĂ© l’administration d’avoir cĂ©dĂ© aux pressions des conservateurs – profitant du scandale de l’affaire des viols - qui considĂ©raient Muscle Beach comme un lieu indĂ©cent. PrĂ©cisons d’ailleurs que la culpabilitĂ© des quatre culturistes prĂ©sumĂ©s violeurs ne fut jamais prouvĂ©e, ce qui tendrait Ă  renforcer ces soupçons. Quoi qu’il en soit, la fin des annĂ©es 50 marqua aussi la fin du Muscle Beach de Santa-Monica. Si des athlètes continuèrent Ă  venir s’y entraĂ®ner durant encore quelques annĂ©es, le lieu perdit peu Ă  peu son attrait et son public. Une nouvelle page de Muscle Beach allait dĂ©sormais s’écrire… Ă  quelques kilomètres de lĂ .

 

III - Les jours de gloire de Muscle Beach.

 

Face au succès du parc de Santa-Monica, la ville de Los Angeles décida en 1951 d’en construire un similaire, quoique beaucoup plus petit, 4 kilomètres plus au sud, dans le quartier de Venice. Même si le lieu n’offrait pas encore toutes les installations sportives disponibles jusqu’alors à Muscle Beach premier du nom, la fermeture de ce dernier obligea les athlètes à y migrer dès 1959. Le nouveau Muscle Beach de Venice correspond donc à celui que l’on connaît aujourd’hui encore.

columbo gold zane shwarzyrAvec la fermeture du site de Santa-Monica une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’athlètes et de bodybuilders fit son apparition. Elle investit entièrement le nouveau parc et participa activement Ă  l’édification de son mythe. Parmi elle, on compte des lĂ©gendes tel que Larry Scott, Franco Columbo, Frank Zane, Dave Draper, Ric Drasin, Mike Katz, Ken Waller, Ed Corney et bien sĂ»r Arnold Schwarzenegger qui s’installa en Californie Ă  la fin des annĂ©es 60. Mais on ne pourrait parler de Muscle Beach dans les annĂ©es 60-70 sans Ă©voquer Ă  la fois un homme et un lieu dont les noms sont aujourd’hui aussi connus - sinon plus – que la plage de Venice : Joe Gold et le Gold’s Gym. A partir des annĂ©es 60 en effet, le nom de Muscle Beach ne peut ĂŞtre sĂ©parĂ© de la première vĂ©ritable salle de musculation des Etats-Unis (et peut-ĂŞtre du monde) que fut le Gold’s Gym. NĂ© Ă  Los Angeles en 1922, Joe Gold frĂ©quentait rĂ©gulièrement la plage et le parc de Santa-Monica durant son adolescence et devint membre du club d’haltĂ©rophilie, le Muscle Beach Weightlifting Club. Il entra dans la marine marchande puis participa Ă  la seconde guerre mondiale au sein de l’US Navy. Après la guerre, il retourna Ă  Muscle Beach et fut engagĂ© dans la troupe de Mae West avec laquelle il fit le tour des Etats-Unis. PassionnĂ© de sport depuis son adolescence il pratiquait intensĂ©ment le bodybuilding. En 1965 il dĂ©cida d’ouvrir une salle de musculation Ă  Venice. Il fit l’acquisition d’un bâtiment situĂ© Ă  l’époque Ă  quelques mètres de la plage et Ă  l’apparence austère qui allait devenir le Gold’s Gym. Joe Gold l’équipa de machines qu’il confectionnait lui-mĂŞme dans son garage. Notons d’ailleurs que ces machines serviront de modèles pour les appareils construits par la suite dans le monde entier. Aujourd’hui encore les fabricants s’inspirent des principes fonctionnels imaginĂ©s par le fondateur du Gold’s Gym pour Ă©laborer leur matĂ©riel de musculation. gold-s-gym-facade.jpgL’équipement de la salle Ă©tait certes artisanal mais rien ne manquait. Jusqu’ici les salles de sport s’adressaient aussi bien aux culturistes, qu’aux gymnastes ou aux haltĂ©rophiles, mais Joe Gold souhaitait crĂ©er un lieu entièrement rĂ©servĂ© aux bodybuilders. Aussi, si au Gold’s Gym l’ambiance Ă©tait amicale, l’esprit du bodybuilding hardcore rĂ©gnait en maĂ®tre. La musique y Ă©tait absente et les sportifs dilettantes n’y avaient pas leur place. Les athlètes Ă©taient lĂ  pour s’entraĂ®ner avec sĂ©rieux et acharnement. Lou Ferrigno, arrivĂ© de New York, raconte sa première visite au Gold’s Gym : « La première chose qui m’est venue Ă  l’esprit quand je suis entrĂ© pour la première fois, c’est que je devais m’entraĂ®ner plus dur Â». Il poursuit en paraphrasant Churchill : « C’était du sang, de la sueur et des larmes lĂ -dedans Â». La salle constituait un lieu d’entraĂ®nement mais aussi d’échange et de camaraderie. Elle Ă©tait mĂŞme considĂ©rĂ©e comme une sorte d’asile pour certains bodybuilders sans le sou et sans abri. Il n’était pas rare en effet d’en croiser certains ayant passĂ© la nuit dans les douches, voire sur le toit du bâtiment. Il faut rappeler que les annĂ©es 60 et 70, surtout en Californie, furent marquĂ©es par le phĂ©nomène beatnik et son style de vie bohème. Venice fut le centre nĂ©vralgique de la Beat Generation et un haut lieu du mouvement hippie dans les annĂ©es 60. On assista alors Ă  la rencontre de deux sous-cultures qui finirent par se mĂŞler : celle des « babas Â» et des bodybuilders. Jim Morrison, qui vĂ©cu deux ans Ă  Venice, oĂą il crĂ©a le noyau de ce qui allait devenir les Doors, frĂ©quenta d’ailleurs rĂ©gulièrement Ă  la fois Muscle Beach et le Gold’s Gym. Dans le mĂŞme temps, beaucoup de culturistes adoptèrent un style de vie assez proche de celui des hippies en s’adonnant aux plaisirs hĂ©donistes rendus possible par un encadrement naturel idyllique. Cet esprit « baba-cool Â» s’exprimait dans le fonctionnement mĂŞme du Gold’s Gym oĂą la cotisation annuelle Ă©tait très peu Ă©levĂ©e et oĂą ses membres allaient parfois jusqu’à aider son propriĂ©taire Ă  payer le loyer. En fait, comme l’explique Dave Draper : « Joe ne cherchait pas Ă  gagner beaucoup d’argent Â». Il raconte d’ailleurs que la plupart des premiers adhĂ©rents n’étaient pas tenus de payer leur abonnement.

schwarzy-columbo.jpgC’est probablement de cette Ă©poque que date la vĂ©ritable naissance dulifestyle du bodybuilder propre Ă  Muscle Beach. Ce style de vie concerne tout les « Ă  cĂ´tĂ© Â» de la pratique du culturisme et se caractĂ©rise par une forme d’indolence et d’insouciance et oĂą la seule prĂ©occupation majeure demeure le bien ĂŞtre du corps et de l’esprit. Il s’agit en quelque sorte du pendant sportif de la dolce vitĂ  italienne. Bill Howard, un habituĂ© de Muscle Beach Ă  cette Ă©poque, Ă©voque celifestyle : « Après leur sĂ©ance d’entraĂ®nement principal, les bodybuilders pouvaient s’entraĂ®ner encore Ă  la fosse, faire du yachting et s’amuser avec le public Â». Arnold Schwarzenegger, tout droit dĂ©barquĂ© d’Allemagne, fut aussitĂ´t sĂ©duit par la Californie et le mode de vie qu’il y pratiquait : « Un an passĂ© en Californie m’avait convaincu du culte qui l’entourait en tant que paradis des bodybuilders. Le soleil, la mer et le climat modĂ©rĂ© en faisaient un lieu idĂ©al pour entretenir un corps comme le mien. J’aimais le Gold’s Gym et les longs morceaux de plage oĂą je pouvais courir puis plonger pour prendre un bain Â». Ainsi, les culturistes bĂ©nĂ©ficiaient des meilleures conditions pour mener une vie entièrement consacrĂ©e Ă  leur passion. Leurs journĂ©es Ă  Muscle Beach se rĂ©sumaient en gros Ă  entretenir leur masse musculaire, Ă  profiter des joies de la mer, Ă  parfaire leur bronzage, Ă  sĂ©duire les filles, Ă  prendre des repas gargantuesques sous les regards des passants interloquĂ©s et Ă  organiser des soirĂ©es oĂą les Ă©carts en tous genres Ă©taient permis. columbu-shwarzy-mb.jpgRic Drasin, catcheur et bodybuilder, fut une des figures marquantes de Muscle Beach et le partenaire d’entraĂ®nement de Schwarzenegger durant 4 ans. Il fut Ă©galement le crĂ©ateur, en 1973, du logo si caractĂ©ristique du Gold’s Gym. Il Ă©voque dans un article paru dans Men’s Fitness, les conditions de vie de l’époque qui laissent rĂŞveur. Il explique notamment qu’il Ă©tait alors facile de se dĂ©placer Ă  Los Angeles et que les logements en bord de mer n’étaient pas chers : « Je payais 225$ par mois pour 2 chambres, 2 salles de bain et une terrasse. Ça reviendrait probablement Ă  2000$ aujourd’hui Â». Il n’était pas difficile non plus de se nourrir pour un bodybuilder. Drasin raconte qu’au restaurant Zucky’s Deli, particulièrement apprĂ©ciĂ© des culturistes, « tu pouvais avoir une grosse omelette de 7 Ĺ“ufs avec du jambon et du fromage pour 1 dollar Â».

C’est dans ce contexte économique plutôt agréable et alors que la Californie était en pleine effervescence sous l’impulsion du mouvement hippie que se déroula ce qui peut vraiment être considéré comme les jours glorieux du deuxième Muscle Beach et du bodybuilding. Le Gold’s Gym était évidemment au cœur de cette époque palpitante. En 1970, Joe Gold vendit la salle à Bud Danitz et Dave Sachs. Ces derniers la cédèrent à leur tour à Ken Sprague en 1977.

Cette annĂ©e lĂ  constitua un moment important non seulement pour le Gold’s Gym et Muscle Beach mais pour l’histoire du bodybuilding en gĂ©nĂ©ral. En effet, alors que l’univers du culturisme demeurait mĂ©connu dans le reste des Etats-Unis et surtout dans le monde, deux jeunes rĂ©alisateurs, Georges Butler et Robert Fiore dĂ©cidèrent de consacrer un documentaire sur ce sujet. L’excellent Pumping Iron fut tournĂ© pour une bonne part Ă  Muscle-Beach et au Gold’s Gym. Il permit de faire dĂ©couvrir au monde entier, Ă  la fois le bodybuilding, Arnold Schwarzenegger et la première salle de musculation digne de ce nom. A partir de ce moment lĂ  le Gold’s Gym prit une dimension internationale. Aux culturistes amĂ©ricains venus de tous les Etats-Unis devaient s’ajouter dĂ©sormais des bodybuilders en provenance de tous les coins du globe. Aussi, la salle fut bientĂ´t surnommĂ©e « La Mecque du Bodybuilding Â». Selon Lou Ferrigno : « Tout le monde savait que pour faire partie des meilleurs il fallait venir en Californie et s’entraĂ®ner au Gold’s Gym Â». Les magazines spĂ©cialisĂ©s adoptèrent la salle comme dĂ©cor pour organiser leurs sĂ©ances de photos. Des concours de bodybuilding furent organisĂ©s en son sein, notamment le championnat de Mr America. Le Gold’s Gym fit Ă©galement beaucoup pour la reconnaissance du culturisme fĂ©minin en organisant des compĂ©titions rĂ©servĂ©es aux femmes. En 1979, le lieu fut Ă  nouveau vendu. Pete Grymowski, Tim Kimber et l’architecte Ed Connors s’en portèrent acquĂ©reurs. Les trois hommes souhaitèrent donner une nouvelle image Ă  la mythique salle de musculation en l’ouvrant Ă  un plus large public. Des travaux d’agrandissements furent alors engagĂ©s. DĂ©sormais le lieu ne devait plus s’adresser uniquement au noyau dur des bodybuilders hardcore. Le nombre d’adhĂ©rents fut multipliĂ© et le chiffre d’affaire aussi. Durant les annĂ©es 80, le Gold’s Gym devint une franchise et donna naissance Ă  une chaĂ®ne de clubs de remise en forme particulièrement prospère. Une multitude de salles franchisĂ©es apparurent sur le territoire amĂ©ricain d’abord, puis partout dans le monde. L’entreprise diversifia son activitĂ© en dĂ©veloppant la vente de supplĂ©ments alimentaires, de vĂŞtements et d’accessoires. Aujourd’hui, l’enseigne Gold’s Gym compte pas moins de 650 salles de sport dans 42 Ă©tats amĂ©ricains et dans 30 pays.

 

IV – Muscle Beach devient un mythe.

 

Tout comme le Gold’s Gym, Muscle Beach bĂ©nĂ©ficia de la publicitĂ© autour de la musculation engendrĂ©e parPumping Iron et dĂ» accueillir Ă  partir des annĂ©es 80 un public toujours plus nombreux. Ces annĂ©es furent marquĂ©es aux Etats-Unis par une vague de conservatisme et le durcissement de ce qu’on a appelĂ© la « seconde guerre froide Â». Le gouvernement amĂ©ricain, Reagan en tĂŞte, agitait de nouveau le spectre du pĂ©ril rouge. L’heure Ă©tait alors au patriotisme exacerbĂ© et au culte de la dĂ©fense armĂ©e de la nation. rambo.jpgPas Ă©tonnant que dans ce contexte des « annĂ©es Reagan Â», on vit fleurir au cinĂ©ma les superproductions gonflĂ©es Ă  la testo comme RockyRamboConan le BarbareTerminatorCommando ou bien encore Predator. La cĂ©lĂ©bration du corps svelte et musclĂ© synonyme de force belliqueuse constituait une allĂ©gorie Ă  peine voilĂ©e du rempart que devait opposer les Etats-Unis Ă  ce qu’ils considĂ©raient comme la menace communiste. Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger, les deux stars bodybuildĂ©es les plus cĂ©lèbres Ă©taient alors au zĂ©nith de leur carrière cinĂ©matographique.

Les eighties marquèrent Ă©galement l’entrĂ©e dans les « annĂ©es fric Â», celles de la sociĂ©tĂ© de consommation dĂ©complexĂ©e, du culte de l’entreprise et des golden boys. L’homme et la femme modernes se devaient d’être des battants, des gagneurs, des businessmenou des working girls bien dans leur tĂŞte et dans leur corps, soucieux de leur santĂ© et leur bien ĂŞtre. Tel Ă©tait du moins, le modèle vĂ©hiculĂ© un peu partout dans les mĂ©dias. Aussi, les clubs de gym virent affluer un nombre grandissant de nouveaux pratiquants. fit80.jpgLa Gym Tonic fit son apparition sur le petit Ă©cran. Jane Fonda et Richard Simmons se mirent en tĂŞte de modifier la silhouette des mĂ©nagères en vendant plusieurs milliers de K7 video d’exercices Ă  effectuer Ă  la maison. Ainsi le fitness et l’aĂ©robic s’immiscèrent peu Ă  peu dans le quotidien des AmĂ©ricains. La musculation se dĂ©mocratisa et devint dans le mĂŞme temps un des hobbies prĂ©fĂ©rĂ©s des classes moyennes et supĂ©rieures tels que les  yuppies, « cette couche sociale devenue l’emblème des annĂ©es 80 Â» composĂ©e de « jeunes professionnels urbains, avides de rĂ©alisation de soi par la rĂ©ussite matĂ©rielle, pratiquants les plus assidus de la transpiration Ă©lectronique Â». Face Ă  l’afflux  d’adeptes de la musculation et le dĂ©veloppement du fitness et du bodybuilding, des hommes d’affaire aux dents longues dĂ©barquèrent sur la cĂ´te californienne – dans le sillage de ce vieux briscard de Joe Weider â€“ pour faire fortune.

Les annĂ©es 80 furent aussi caractĂ©risĂ©es par le dĂ©veloppement des produits anabolisants. Apparus Ă  la fin des annĂ©es 50, ces derniers envahirent les vestiaires des salles de musculation oĂą ils furent largement vendus « sous le manteau Â». De nouveaux physiques hypertrophiĂ©s s’imposèrent dès lors Ă  Muscle Beach. Fini les proportions harmonieuses, l’heure Ă©tait dĂ©sormais aux muscles surdimensionnĂ©s.

Une nouvelle gĂ©nĂ©ration de bodybuilders arriva sur la plage de Venice. Celle des annĂ©es 70 disparue peu Ă  peu, mĂŞme si certains culturistes continuèrent Ă  y venir de temps en temps. Des travaux de rĂ©amĂ©nagement furent accomplis en 1982. Le « Pit Â» notamment, fut totalement transformĂ©. De nouvelles installations virent le jour et des appareils de musculation furent ajoutĂ©s. En 1987, la ville de Los Angeles attribua officiellement au lieu le nom de « Muscle Beach Venice Â».

Même si beaucoup de choses changèrent au cours des années 80-90 dans le monde de la musculation et à Muscle Beach, le lieu ne perdit nullement de sa superbe et continua d’attirer une foule de visiteurs. Depuis la fin des années 70, il avait même accédé au statut de mythe. Les chalands, à la fois intrigués et impressionnés par les physiques hors norme qui le peuplaient, étaient toujours aussi nombreux à venir admirer les culturistes pendant leurs séances d’entraînement en plein air. Ces derniers, peau bronzée et huilée, muscles bandés, se prêtaient facilement au jeu en s’exhibant et en étalant leur force herculéenne. Finalement, de ce point de vue rien n’avait changé depuis le Muscle Beach des origines. L’endroit demeurait le paradis des egos démesurés, vouée au culte de la santé et du corps parfait.

 

V – Muscle Beach de nos jours.

 

En 1990 et 1991, le site de Muscle Beach a subi de vastes travaux de rĂ©amĂ©nagement. Sa superficie a quasiment doublĂ© et tout le matĂ©riel a Ă©tĂ© remplacĂ©. Le “Pen” ou “Pit”, dĂ©sormais appelĂ© le Muscle Beach Weight Pen, a entièrement Ă©tĂ© refait. Une nouvelle bâtisse logeant les poids, barres et haltères a Ă©tĂ© construite. L’enclĂ´t dĂ©limitant la plate-forme a Ă©tĂ© changĂ© ainsi que toutes les machines de musculation. Une gigantesque sculpture en bĂ©ton reprĂ©sentant un haltère a Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e, devant laquelle un podium bĂ©tonnĂ© a Ă©tĂ© installĂ©. Des gradins ont Ă©galement vu le jour permettant Ă  la foule des badauds d’assister Ă  l’entraĂ®nement des culturistes ainsi qu’aux diffĂ©rentes manifestations organisĂ©es autour du bodybuilding. Le site s’est enrichi de nouvelles installations sportives de plein air : courts de tennis et de beach volley, terrains de basket ball et de handball, parc de skateboard, aire de jeux pour les enfants, piste de vĂ©lo et rollers permettant de rejoindre Santa-Monica.

 

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Le Muscle Beach Weight Pen La piste des vĂ©los et rollers

 

 

Au dĂ©but des annĂ©es 2000, d’autres travaux ont Ă©tĂ© accomplis, qui ont permis notamment de rĂ©nover la promenade du bord de mer appelĂ© Ocean Front Walk ou simplement The boardwalk. RĂ©cemment encore, le « Pen Â» a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une rĂ©novation ayant permis d’installer de nouvelles machines et de refaire le sol. C’est que le lieu a gagnĂ© en prestige depuis 2003, date Ă  laquelle Joe Wheatley a Ă©tĂ© chargĂ© par le DĂ©partement des Parcs et Loisirs de Los Angeles de promouvoir le site en organisant des attractions et des compĂ©titions de bodybuilding. DorĂ©navant, Muscle Beach accueille de multiples manifestations tout au long de l’annĂ©e. Des compĂ©titions telles que le Muscle Labor Day, le Mr and Mrs Muscle Beach Competition, le Muscle Beach International Classic ou bien encore le Muscle Beach Championship, rĂ©unissent les plus grands culturistes et attirent plusieurs milliers de personnes. Il n’est pas rare d’y croiser tous ceux qui ont fait l’histoire du bodybuilding et de Muscle Beach, d’Arnold Schwarzenegger Ă  Joe Weider en passant par Jack Lalanne, invitĂ©s d’honneurs chargĂ©s entre autres de remettre les mĂ©dailles, coupes et prix aux concurrents. D’autres manifestations liĂ©es au monde du muscle et de la force y sont Ă©galement organisĂ©es : compĂ©titions de powerlifting, de bras de fer, combats de boxe, etc…

 

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Arnold Schwarzenegger, Franco Columbu et Joe Weider


 

Le Muscle Beach Weight Pen est toujours aussi prisĂ©. Les simples visiteurs autant que les pratiquants amateurs y cĂ´toient des bodybuilders professionnels venus s’entraĂ®ner sous le soleil. La plate-forme de musculation est ouverte tous les jours, de 8h00 Ă  17h00 du lundi au samedi et le dimanche de 10h Ă  16h. Il est possible de s’y abonner Ă  l’annĂ©e pour 150$ ou bien de payer Ă  la semaine ou Ă  la journĂ©e pour 50$ et 10 $ (des prix peu Ă©levĂ©s eu Ă©gard la renommĂ©e du lieu).

 

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Muscle Beach rassemble aujourd’hui une foule bigarrĂ©e particulièrement haute en couleur. L’esprit des annĂ©es 60 tente de survivre Ă  travers les artistes des rues, danseurs, jongleurs, musiciens, peintres et acrobates qui animent l’ « Ocean Front Walk Â» chaque jour. Les habitants de Los Angeles aiment venir s’y promener le week-end pour profiter du soleil, de la mer et des multiples animations. C’est aujourd’hui une des destinations les plus prisĂ©es des Etats-Unis avec Disneyland.

 

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Le lieu attire aussi toujours autant les stars venues d’Hollywood. Certaines d’entre elles fréquentent régulièrement le Gold’s Gym, qui depuis, a déménagé quelques rues plus loin. Des acteurs américains ont même élu domicile à Venice. C’est le cas notamment de Julia Roberts, d’Angelica Huston ou de Nicolas Cage. La proximité des studios de tournage et surtout le cadre de vie (mer et douceur climatique) en fait un lieu de résidence privilégié pour les stars du cinéma.

Mais Venice et Muscle Beach demeurent avant tout le paradis des accrocs de la fonte. Outre le Gold’s Gym et le World Gym ainsi que le Muscle Beach Weight Pen oĂą ils peuvent s’entraĂ®ner, ils y trouvent l’indispensable pour adopter le lifestyle des bodybuilders. De nombreux restaurants par exemples proposent dĂ©sormais des menus entièrement conçus pour les adeptes de la musculation. Omelettes, pooridges, salades, blancs de poulet et de dinde, bĹ“uf dĂ©graissĂ©, tout est disponible pour se concocter un dĂ©jeuner respectueux des plans alimentaires stricts qu’impose la pratique de ce sport. On y trouve Ă©galement divers bars proposant des shakes protĂ©inĂ©s ou des boissons Ă©nergisantes indispensables avant ou après une bonne sĂ©ance. Les magasins de complĂ©ments alimentaires fleurissent ainsi que ceux de matĂ©riel de musculation. Bref, tout un petit univers dĂ©diĂ© au culturisme s’est peu Ă  peu crĂ©Ă© autour de Muscle Beach depuis plusieurs annĂ©es et ce petit paradis en fait fantasmer plus d’un. Beaucoup en effet – AmĂ©ricains ou non d’ailleurs – aimeraient s’y installer, pensant pouvoir y vivre leur « rĂŞve amĂ©ricain Â». Qu’ils soient bodybuilders amateurs aspirant Ă  devenir un jour professionnels pour vivre de leur passion ou bien entrepreneurs et hommes d’affaires projetant d’y ouvrir un restaurant, une salle de fitness ou un magasin de complĂ©ments alimentaires, ou bien encore « beaux gosses Â» espĂ©rant ĂŞtre remarquĂ©s pour faire carrière dans le cinĂ©ma, tous rĂŞvent de poser un jour leurs valises Ă  Muscle Beach pour y faire fortune, ĂŞtre cĂ©lèbres… ou les deux Ă  la fois.

 

Conclusion

 

Muscle Beach a longtemps été le centre de gravité de l'univers du bodybuilding. C'est là notamment que de nombreuses personnalités ont acquis la célébrité. Le meilleur exemple étant Arnold Schwarzenegger. C'est là que se sont forgées de brillantes carrières et bâtis d'immenses empires financiers. Muscle Beach a été à la fois le réceptacle de toutes les passions et les ambitions ainsi qu'un formidable tremplin pour tous ceux qui comprirent que le culte du corps et de la santé pouvait constituer un business très rentable.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’endroit ne laisse pas indifférent. C'est avec un ton moqueur, voire un certain mépris que Jean-Jacques Courtine évoque Muscle Beach dans un article déjà cité plus haut. Voici la peinture narquoise qu'il en fait: " A Venice, l'un de ces quartiers de Los Angeles qui s'étirent le long de l'océan, les traces des différentes cultures que l'Amérique s'est inventées au cours des trente dernières années se sont regroupées au bord de la plage, en un curieux parc d'attractions. Les débris de la contre-culture des années 1960 et 1970, hippies momifiés et épaves du Viêtnam, y croisent la cohorte des yuppies en mouvement, joggers, cyclistes, patineurs, surfers. La foule des curieux s'y presse. Clou du spectacle: un enclos grillagé, où des corps gonflés de muscles "pompent du fer". Muscle Beach, California: les touristes prennent des photos, les body-builders prennent la pose".

On ne peut nier que Muscle Beach représente tout ce qu'il y a de plus superficiel dans la société américaine. Il est évident que l'exhibitionnisme narcissique y règne peut-être plus que partout ailleurs. On peut sourire à la vue de tant d'individus, imbus de leur corps et s'exposant ainsi sans la moindre modestie. Bien sûr que ce spectacle quasi folklorique frise parfois le ridicule. Bien sûr aussi que cet univers caricatural peut être interprété comme une sorte de représentation hyperbolique du capitalisme où tout n'est que marchandisation et culte de la performance. Certes, il ne faut pas être dupe de tout cela, mais considérer avec une telle condescendance un lieu comme celui-ci n'est pas non plus faire preuve d'une très grande ouverture d'esprit. On peut tout à la fois ne pas se laisser leurrer par le clinquant et le côté artificiel et voir en Muscle Beach rien de moins qu'un lieu de pur divertissement, une aire de jeu à ciel ouvert où tous les comportements les plus fantasques sont permis. Un lieu où il est possible d'abandonner un moment ses préjugés et son attitude trop cérébrale pour se laisser aller aux plaisirs du sport et du corps.

Personnellement je n'aimerais pas vivre Ă  Venice mĂŞme si le cadre est particulièrement attrayant. Je n'ai jamais vraiment aspirĂ© ni mĂŞme cru au "rĂŞve amĂ©ricain". En outre je sais pertinemment que cette ambiance "m'as-tu-vu" et cette ostentation corporelle sans le moindre recul finirait par m'exaspĂ©rer. Toutefois, je dois avouer que ce lieu exerce sur moi une certaine fascination, comme d’ailleurs tous les endroits quelques peu extrĂŞmes et Ă©tranges qui abondent aux Etats-Unis. En tant que passionnĂ© de musculation, le lifestyle qui peut ĂŞtre menĂ© lĂ -bas laisse quelque peu rĂŞveur et de ce point de vue je comprends l'engouement suscitĂ© par l'endroit.

Quoi qu’il en soit, mĂŞme si Muscle Beach ne fait pas l'unanimitĂ© - notamment parmi ceux qui n'ont jamais touchĂ© un haltère -, et malgrĂ© le fait qu'il ne soit plus le seul lieu oĂą se pratique le bodybuilding hardcore, il demeure pour certains une sorte de sanctuaire, un mythe autour duquel ils sont nombreux Ă  cultiver la nostalgie. Muscle Beach constitue en dĂ©finitive un lieu unique et bien vivant qui marquera Ă  jamais l'histoire du culturisme.

 

 

 


 Rappelons que malgrĂ© une relative libĂ©ration des corps dans les annĂ©es 30 et 40, la nuditĂ©, mĂŞme partielle, Ă©tait encore largement tabou.

 Il a d’ailleurs consacrĂ© un ouvrage Ă  Muscle Beach intitulĂ© Remembering Muscle Beach, Angel City Press, 1999.

[En réalité, les frères Tanny fréquentaient déjà la plage de Santa-Monica dans les années 40 mais c’est dans les années 50 qu’ils rencontrèrent le succès. Vic Tanny ouvrit la plus grande salle de musculation des Etats-Unis – le Vic Tanny’s Gym – où s’entraînaient les plus grands comme Steve Reeves, George Eiferman ou Joe Gold.

 Steeve Reeves, acteur et bodybuilder, fut sacrĂ© Mr America et Mr Universe. Il est aujourd’hui perçu comme une vĂ©ritable lĂ©gende du bodybuilding.

C’est la cas entre autres d’Arnold Schwarzenegger qui découvrit le monde du muscle à travers les portraits de Steeve Reves et Reg Park ou bien encore du catcheur et bodybuilder Seymour Koenig qui a déclaré dans une interview sur internet avoir été marqué, étant adolescent, par les photos de culturistes auxquels il se donna pour but de ressembler un jour.

Au-delĂ  du sourire, in Muscle&Fitness, FĂ©vrier 2006.

 Au dĂ©but des annĂ©es 60, Dave Draper ouvrit une salle d’entraĂ®nement Ă  Santa-Monica. SituĂ©e en sous-sol, sans fenĂŞtre et bĂ©tonnĂ©e du sol au plafond, elle fut surnommĂ©e  « The Dungeon Â». Particulièrement populaire, les bodybuilders lui prĂ©fèreront pourtant par la suite la salle de Venice : le Gold’s Gym.

 Le « pit Â» (fosse) ou « pen Â» (parc) constitue la plate-forme Ă  ciel ouvert sur laquelle ont Ă©tĂ© installĂ©es des appareils de musculation Ă  Muscle Beach. Après s’être entraĂ®nĂ©s au Gold’s Gym, les bodybuilders aiment se donner rendez-vous sur le « pit Â» afin d’exhiber leurs muscles en public.

Les documentaires Pumping Iron et Raw Iron: The Making of Pumping Iron relatent très bien le quotidien de ces bodybuilders ayant frĂ©quentĂ© Muscle Beach Ă  cette Ă©poque.

[La seconde guerre froide débuta en 1975 avec la chute de Phnom Penh et la défaite des Américains au Vietnam ainsi que l’intervention cubaine en Angola.

 Cette augmentation du nombre de pratiquants ne cessa de progresser au cours de la dĂ©cennie suivante. En 1987, aux Etats-Unis, le nombre d'adhĂ©rents Ă©quivalait Ă  un chiffre d'affaire de13,8 millions de dollars et la plupart des membres de clubs avaient entre 18 et 34 ans. Durant les annĂ©es 90, le nombre d'adhĂ©sions reprĂ©sentait 22,4 millions de dollars, soit une augmentation de 61%. La part des membres de 35 ans et plus augmenta sensiblement.

Jean-Jacques Courtine, Les stakhanovistes du narcissisme, in Communications, n°56, 1993. Le gouvernement du corps. p. 228. Joe Weider et son frère Ben, dĂ©cĂ©dĂ© rĂ©cemment, règnent sur le monde du bodybuilding depuis 50 ans. Conseiller sportif, Joe a notamment dĂ©couvert Arnold Schwarzenegger. Il a Ă©galement Ă©tĂ© le co-fondateur de l’IFBB et a crĂ©Ă© le concours de Mr Olympia. A la tĂŞte d’un empire financier gigantesque il Ă©dite plusieurs revues sur le sport et le bodybuilding, est propriĂ©taire de salles et est fabricant de matĂ©riel de musculation et de supplĂ©ments alimentaires. AdulĂ© par certains il n’en reste pas moins une personnalitĂ© très controversĂ©e (cf. Serge Nubret notamment).

 La tâche Ă©tait autrefois assurĂ©e bĂ©nĂ©volement par Bill Howard, considĂ©rĂ© comme un vĂ©tĂ©ran de Muscle Beach.

L’ancien bâtiment du Gold’s Gym existe toujours. Il a été revendu et abrite aujourd’hui une habitation particulière. On peut encore deviner la peinture écaillée de son enseigne sur la façade.

 Autre salle de musculation crĂ©Ă©e par Joe Gold en 1977. Quelques Français se sont Ă©tablis Ă  Venice dans cette perspective. C’est le cas notamment de Julien Greaux, ce trentenaire originaire de l’île de Saint-BathĂ©lĂ©my, expert en arts martiaux et en fitness. InstallĂ© sur la cĂ´te californienne depuis quelques annĂ©es il espère percer dans le cinĂ©ma en tant qu’acteur de films d’action sur les traces d’un certain Jean-Claude Van Damme. Sa carrière peine toutefois Ă  dĂ©marrer mĂŞme s’il multiplie les expĂ©riences en tant que mannequin fitness pour des magazines et des marques de supplĂ©ments alimentaires.

Op. cit., p.7

L’article du sociologue Jean-Jacques Courtine, par ailleurs très intĂ©ressant, est nĂ©anmoins fortement Ă  charge contre le bodybuilding. L’auteur fait preuve par moment d’un manque de discernement et use de raccourcis grossiers. C’est le cas notamment lorsqu’il Ă©crit : « Tant d’hypertrophie corporelle ne saurait en vĂ©ritĂ© aller sans le sentiment d’une atrophie, d’une fragilitĂ© psychologique aussitĂ´t dĂ©niĂ©e dans l’escalade musculaire Â». Ainsi, selon Courtine, les pratiquants de la musculation seraient nĂ©cessairement des idiots ou des personnes Ă  la psychologie instable. On pouvait difficilement faire mieux dans le clichĂ©.

 

Sources:

Bob Pool, Santa-Monica shows off a restore Muscle Beach, in Los Angeles Times, 2 octobre 1999.

Sean Hyson, Brandon Guarneri, Muscle Paradise ! in Men's Fitness.

Muscle Memory.com

Musclebeach.net

 

Merci aussi au realisateur de notre video sur Gold'sGym venice 

YOUTUNE  Gold'sGym Champions 

 

Mis Ă  jour (Lundi, 14 Janvier 2013 03:04)

 
 
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